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Le jeu vidéo est un ghetto

(…et il est important d’en sortir)

Eh bien, voilà, ça y est. Café Gaming a 10 ans. Dix années au compteur, voilà qui fiche la trouille et impose un bilan d’étape.

Jadis plus jeune, svelte et disposant de tout le temps libre qu’un étudiant par accident de parcours pouvait avoir, je m’étais engagé sur un coup de tête, avec quelques membres fondateurs, dans la création d’un site/blog. Mi-média qui prétend réfléchir le JV before it was cool, mi-support de nos formats humoristiques et de nos private jokes plus ou moins improvisées ; Café Gaming est un hybride indescriptible, comme il en existe plein d’autres.

Depuis, tout ou presque a changé. Les codes du jeu vidéo et du web actuels ne partagent plus grand-chose avec leurs équivalents de 2008, et Café Gaming est le témoin de ce passage du temps. Les formats se sont succédés, le style a évolué. YouTube n’était encore qu’une gouttelette dans l’océan du World Wide Web. Le business des « influenceurs » n’était qu’à l’état d’embryon. Les soirées de lancement publiques sur les Champs-Élysées existaient encore. On pourrait énumérer longtemps, sur l’air d’une chanson d’Aznavour.

Par dessus tout, nous avions créé Café Gaming sur un appel d’air, mais nous n’avons pas été les seuls. En dix ans, on a vu fleurir une concurrence variée et souvent plus intéressante que nous n’aurions pu l’être sur toute une variété de sujets : d’Un Drop Dans La Mare à la « new wave » de la presse papier, en passant par Usul ou les incursions JV de médias volontiers critiques tels que Mediapart ou Arrêt sur images…

Âge et responsabilités aidant, le temps libre de l’équipe n’est plus le même, et le niveau d’activité du site s’en ressent. De fait, nous ne traitons plus du JV de la même manière qu’à la décennie passée. Qui voudrait, de toute façon, faire à 30 ans exactement ce qu’il faisait déjà quand il en avait 20 ? Pas moi.

Éviter une ghettoïsation JV contre-productive

Vous l’avez peut-être constaté mais depuis peu, sans tambours PCM ni trompettes MIDI, le site s’est ouvert à d’autres formes de divertissement que le pur jeu vidéo. C’est ainsi qu’après la courte expérimentation « Vidéo Club 2020 », consacrée aux contenus VOD, nous avons lancé « Chacun pour soi ! » dans lequel nous ne nous contraignons plus au petit milieu du jeu vidéo. Séries TV, films, littérature, culture au sens large : autant de sujets qu’il nous démangeait d’aborder.

Au passage, quel beau camouflet pour le Yoann de 2008, qui proclamait fièrement que CG est un site qui parle « de jeu vidéo, rien que de jeu vidéo » sans jamais s’octroyer le droit d’évoquer le cinéma, ou autre. Même les cons changent d’avis, dont acte : je m’étais bien planté. Ironiquement, même le nom du site ne me semble plus très approprié… mais rassurez-vous, il a fait ses preuves et il n’est plus question d’en changer 10 ans après !

En ce qui me concerne, dans la vraie vie du monde véritable, les jeux, et la pop culture en général (séries, musique, etc.) ont une grande place, mais pas plus que mes engagements associatifs et politiques, mes projets, mes passions… Aussi, j’ai ressenti la communautarisation galopante du milieu du jeu vidéo comme un échec presque personnel. Qu’avons-nous donc raté pour assister à l’accouchement, dix ans plus tard, de ces « gamers » autoproclamés à la sauce Reddit ? Ces mouvements qui harcèlent un présentateur télé ou une camgirl au seul motif qu’iels iraient à l’encontre de la « cause » ? Et que dire de ces personnes qui prétendent incarner le bon goût et le « véritable » jeu vidéo par opposition au jeu mobile, au jeu narratif, ou toute autre forme de divertissement considérée « impure » ?

Est-ce ma perception qui a évolué, le repli communautaire qui s’est accentué, ou les deux à la fois ? Dur à dire. Je ressens désormais une certaine tristesse pour ces personnes qui laissent le jeu vidéo les définir, monopoliser leurs conversations, dicter leur conduite radicalement jusqu’au point où cela prendra le pas sur tout le reste. Il n’en sort jamais rien de constructif.

#LaPassion, comme dirait l’autre : très peu pour moi. Le jeu vidéo n’est pas un mode de vie, encore moins un obscur loisir menacé qu’il convient de défendre tous crocs dehors. Ce n’est ni une équipe, ni une religion. C’est un divertissement consumériste comme un autre, qui ne vaut ni mieux, ni moins bien qu’un autre et dont le milieu souffre de ses propres tares et turpitudes qu’il convient de ne pas ignorer. Au-delà de l’aspect politique de la question — que j’évoquerai probablement plus en détails à l’avenir — il est urgent de sortir de ce ghetto encore en construction, pour pouvoir garder un regard frais et acerbe.

Ne pas devenir les « vieux cons » que nous sommes déjà sans doute un peu

Pour rester pertinents dix ans après… changer, donc. Du moins, évoluer.

Une seule question, lancée inopinément par un Kendo fort taquin lors du livestream des 10 ans sur Twitch, aura suffi : « c’est quoi l’avenir, pour Café Gaming ? ».

Aussi simple que soit la question, je n’avais aucune réponse toute prête à y apporter. Pour une raison claire : l’évolution de Café Gaming ne m’appartient pas vraiment. Elle est le produit de l’influence de chacun de ses membres là depuis le début, partis vers d’autres horizons en cours de route ou pièces rapportées désormais totalement naturalisées « CG de souche ». Chacun apporte sa contribution à une ligne éditoriale tacite, inconsciente. Et façonne l’image du site : divers et foutraque, parfois même contradictoire, mais qui s’en fout pas mal.

Il n’y a pas besoin d’intellectualiser outre mesure, dix ans plus tard, ce qui ne l’a jamais été jusqu’à présent. Café Gaming a toujours existé en mode #YOLO, comme on dit chez les djeunes des Snapchats de 2015. Je vous ai partagé mes propres convictions, qui se ressentiront nécessairement sur le site, mais je ne parle qu’en mon nom. Il est tout à fait possible que d’autres aient un air différent à insuffler au site, et c’est aussi cette multiplicité de points de vue qui fait l’intérêt de Café Gaming — tel que je le perçois.

En l’absence de tout impératif professionnel ou économique, CG reste une plaforme où l’on est libre d’essayer, de se planter, de faire autre chose… On y fait ce qu’on veut, ce qui a un côté libérateur et décomplexant assez rare, croyez-moi. Jusqu’au jour où tout le monde sera las, et où on arrêtera. Mais on ne sait pas quand (ni si) ce jour arrivera. En attendant, on continue !

Mi-intellos mi-ménéstrels ?

En conclusion, je me contenterai d’indiquer que l’absence d’étiquette ne nous a jamais vraiment gênés, et qu’il n’y a pas de raison que cela change à l’avenir. Chacun nous qualifiera comme il l’entend bien, et on sera heureux avec notre petit (mais agréable) lectorat. Peu de sites « amateurs » ont la chance de tenir aussi longtemps, c’est une récompense en soi et il n’en faut pas plus.

Pour finir, voilà l’occasion pour moi de remercier tous ceux qui accompagnent — ou ont accompagné — le site pendant ces années. Les membres de l’équipe, bien entendu. Les sites et médias qui ont été amenés à nous côtoyer, à répondre à nos questions ou au contraire à parler de nous. Et même, soyons fous, les quelques marques avec qui nous avons pu collaborer honnêtement (bien que rare, cela existe encore !).

Ainsi s’achève ce nouveau mini-pavé de votre bavard, mais dévoué, Yoann. Une production Café Gaming, bien entendu.

Photo d’illustration : 55Laney69 (CC BY-SA 2.0)

Yoann Ferret

Directeur de la publication, fondateur de Café Gaming, et plein d'autres titres pompeux qui ne veulent rien dire. J'aime la bière, le chiptune bien fat, SEGA, Tetsuya Mizuguchi et Rock Band. Quand je n'écris pas sur Café Gaming, j'écris... sur Freenews — il paraît même que c'est mon job.

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