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Critique express : Runbow, amis obligatoires

« Indie darling ». Expression anglophone désignant un film, album, jeu… issu de la communauté dite « indépendante », ayant rencontré un succès critique universel. Adoré par les médias autant que par les consommateurs, il est mal vu d’en dire le moindre mal. Voir aussi : Juno, Arctic Monkeys, Limbo.

Runbow ! Tu avais tout pour me plaire. Un concept multijoueur jusqu’à 9 sur la même console, simple et addictif. Des critiques dithyrambiques. N’es-tu finalement qu’un énième indie hypé et creux ? Non, pas cette fois. J’ai envie d’y croire.

Enfants de tous pays, et de toutes couleurs

L’attrait de Runbow repose sur son concept simplissime. Vous devez traverser un niveau de type plate-formes, dans la plus pure tradition du genre, avec une seule subtilité : la couleur du fond du niveau change à intervalles réguliers. Si une plateforme colorée se fond dans le décor car elle est de la même couleur, elle cesse d’exister physiquement jusqu’au prochain changement : si vous étiez dessus, vous tomberez.

Les développeurs du studio torontois 13AM Games ont pris soin de mettre en avant cette simplicité apparente, jusque dans les contrôles. Tous les personnages se dirigent selon un schéma à deux boutons : l’un vous sert à sauter (une fois en l’air, vous pouvez réaliser un double saut), l’autre à frapper vos ennemis. Incorporez quelques subtilités à la recette : un coup de poing en l’air vous permet de réaliser un uppercut qui, après un double saut, vous permet d’aller encore un peu plus haut. Enfin, plus longtemps vous maintiendrez une direction, plus votre course s’accélérera, vous incitant à foncer toujours plus et faire confiance à vos réflexes.

Aucun doute donc, sur le papier, tout est là pour se marrer.

Celui qui n’a jamais été seul, au moins une fois dans sa vie

Mettons les choses au clair : si vous envisagiez d’acheter Runbow pour son mode solo, oubliez tout de suite cette idée saugrenue. Le principal mode solo (Aventure) se révèle dénué de tout intérêt, et alterne deux types de stages : les niveaux courts et sans difficulté, ou les niveaux horriblement longs et répétitifs — à l’instar de ce stage où vous devez remonter une chute d’eau en enchaînant les triple sauts, sans variété aucune, pendant plusieurs minutes. Dans les deux cas, seule votre patience sera mise à l’épreuve pour en venir à bout. Le level design ne semble pas très inspiré, malgré quelques subtilités comme l’apparition d’ennemis entourés d’un halo coloré protecteur. Bilan, on s’ennuie ferme.

Pourtant, il n’est pas évident de pouvoir réunir à n’importe quel moment neuf amis chez soi pour organiser une foire d’empoigne. En l’absence totale de bots, c’est là que le mode online prend le relai… en théorie. Lors de mes nombreuses tentatives, quelle que soit l’heure de la journée, le jeu n’est parvenu à trouver aucun adversaire en ligne, même après plusieurs minutes de recherche. Le titre est-il déjà déserté, souffre-t-il d’un problème de matchmaking… ? Impossible à dire. Mais le problème est là : en une semaine, je n’ai pas pu initier la moindre partie multijoueur en ligne.

Non, finalement, il semblerait que la vraie force de Runbow réside dans son multi local. Qu’à cela ne tienne…

Il y a toujours de la place pour les copains qui passent

J’ai pu tester la facette plus fun de Runbow lors d’une soirée multijoueur. Cette fois-ci, nous étions réunis à quatre joueurs. Et, de toute évidence, c’est pour cela que le jeu a été pensé : malgré son aspect simple et presque rudimentaire, le « joyeux bordel » tant espéré est là, essentiellement dans le mode principal (une simple course jusqu’à l’arrivée). Après quelques parties on se plaît à envoyer ses adversaires dans un gouffre, on se marre bien à tomber bêtement parce qu’on perd son personnage de vue ou qu’on estime mal la distance d’un saut, on finit en grand suicide collectif faute d’avoir fait preuve de prudence… Les manches s’enchaînent à un rythme effréné, ce qui ne rend pas la mort pénible — la prochaine partie n’est jamais très loin.

Là encore, on regrette que le level design ne soit pas un peu plus inspiré : le système de couleurs, au cœur du jeu, passe souvent au second plan. La plupart du temps, on saute d’une plateforme à l’autre sans difficultés et il est finalement assez rare que la couleur de fond vienne vous prendre en traître. Cette règle a toutefois ses exceptions, et certains niveaux — abondamment mis en avant sur les screenshots officiels — viendront me faire mentir.

Finalement, oui, Runbow est fun à plusieurs… mais pas très longtemps. C’est le revers de l’aspect « instantané » du jeu : après avoir enchaîné une cinquantaine de manches (l’équivalent de cinq parties), la lassitude commence déjà à poindre. Les modes de jeu alternatifs, tels un classique King of the Hill, ou le ColourMaster (permettant à un joueur de contrôler lui-même l’alternance des couleurs), permettent heureusement de varier les plaisirs et d’y revenir régulièrement. Runbow s’apprécie par sessions courtes, mais toujours avec le même plaisir.

De toute évidence, le jeu gagne en fun à mesure que vous parvenez à rassembler plus de joueurs, et il semblerait que la configuration à neuf joueurs soit requise pour profiter pleinement du titre. Les développeurs ont eu la bonne idée de supporter un maximum de manettes différentes (gamepad, pad pro Wii U, wiimote avec ou sans nunchuk, pad classique Wii) pour que le matériel ne soit pas trop difficile à réunir.

Over the rainbow

Vous la voyiez arriver à des kilomètres, voici ma conclusion de normand : Runbow n’est ni le chef-d’œuvre indie de l’année, ni le ratage que l’on pouvait craindre.

Il est indéniable qu’il dispose d’un vrai capital sympathie, qui joue pour beaucoup dans son ambiance globale : le chara design, l’univers acidulé et les musiques sont de très bonne facture, et on appréciera la présence de nombreux personnages invités déblocables, issus d’autres jeux indépendants célèbres (Shovel Knight, Gunman Clive, BIT.TRIP, Guacamelee…).

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On a affaire à un jeu simple mais d’excellente facture, tant que vous oubliez le mode solo. Il viendra s’intercaler sans difficulté lors de vos soirées multijoueur entre deux sessions de Mario Kart et de Smash Bros, pour peu que vous ayez assez de monde autour de l’écran. Runbow répond à ce besoin précis, et il le fait bien. Un candidat idéal pour les prochaines nocturnes Epitanime, en somme ! 😉

Informations
Jeu testé sur Wii U
Exemplaire de test fourni par Nintendo
Captures d’écran par 13AM Games

Yoann Ferret

Directeur de la publication, fondateur de Café Gaming, et plein d'autres titres pompeux qui ne veulent rien dire. J'aime la bière, le chiptune bien fat, SEGA, Tetsuya Mizuguchi et Rock Band. Quand je n'écris pas sur Café Gaming, j'écris... sur Freenews — il paraît même que c'est mon job.

One thought to “Critique express : Runbow, amis obligatoires”

  1. Bonjour,
    Certains de mes amis ont joué à Runbow et ils n’avaient pas été emballés par le divertissement. D’après eux, le titre possédait trop de bugs et cela les empêchait d’apprécier la partie.

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