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Nintendo Switch : on y a joué, on en parle ?

Elle sort le 3 mars : on a pu tester en détails la Nintendo Switch, ses diverses configurations et ses principaux jeux, lors d’un event organisé par Nintendo au Grand Palais à Paris.

Dévoilée plus en détails ce vendredi, la nouvelle console de Nintendo est sûrement une des machines les plus clivantes qu’on ait pu voir. Condamné à changer ses plans après la défaite commerciale de la Wii U, le constructeur japonais a dû mettre sur pied une riposte en peu de temps. Il est indéniable que la remise en question de la firme, peu habituée à l’échec, a joué un rôle conséquent dans les choix opérés pour cette Nintendo Switch. Reste maintenant à convaincre le public, qui y verra tantôt une simple Wii U améliorée, tantôt une véritable hybride console-salon révolutionnaire.

Switch, la console de potch

Commençons par le matériel en lui-même. Traditionnellement mis de côté, voire dissimulé lors des présentations publiques de Nintendo, le hardware constituait cette fois-ci un point central qu’il fallait absolument voir, sentir, toucher. La firme de Kyoto a fait en sorte que la plupart des configurations possibles de la Switch puissent être essayées sur place : sur TV ou sur tablette, avec les Joy-Con, avec un pad pro…

Première impression globale : on est agréablement surpris par la sensation de qualité qui se dégage de la machine et de ses pads. On est bien loin des Wiimotes en plastique blanc ou du lourd gamepad de la Wii U. La firme de Kyoto a, manifestement, souhaité opérer une montée en gamme et cela se voit — jusque dans le prix assez élevé des accessoires (comptez 90 € pour une paire supplémentaire de Joy-Con ou 80 € pour un pad pro), mais c’est un autre débat.

La Switch en elle-même, la « tablette » donc, a un aspect proche d’une véritable tablette tactile du marché. Elle est fine, lumineuse et on est plutôt impressionné par sa définition (il semble qu’elle affiche du 1280*720). Le changement fera un bien fou aux possesseurs du gamepad « Playskool » de la Wii U ! Il ne nous a pas été possible, sur les jeux disponibles, de tester la qualité de l’écran tactile, mais celui-ci ne devrait guère être différent des écrans capacitifs modernes que l’on connaît sur nos smartphones.

Dans ses configurations traditionnelles pour un joueur (les deux Joy-Con associés à la tablette ou au grip), la prise en main reste très agréable. On n’est jamais vraiment pris au dépourvu et tout tombe sous les doigts très vite, d’autant que tout cela reste assez léger à porter. On pourra ergoter que Nintendo s’est débarrassé de sa mythique croix directionnelle, ce qui peut rapidement poser problème dans quelques jeux — comme Ultra Street Fighter II.

Le pad pro est celui qui impressionne le moins, une fois pris en main. Doté d’une coque semi-translucide, celui-ci « fait le job », ni plus ni moins. On est sur un form factor légèrement différent du pad pro de la Wii U, un peu plus efficace notamment pour les FPS. Il est utile de noter que celui-ci inclut également des capteurs de type accéléromètre et gyroscope, qui pourront être utilisés pour la visée dans Splatoon, par exemple.

Configuration Switch avec Joy-Con.
Configuration Joy-Con avec Grip.
Pad Pro.

Individuellement, les Joy-Con sont multi-usages : véritables successeurs new-gen de la Wiimote, ils peuvent être tenus de multiples façons. À l’horizontale, tout d’abord, ils constituent des mini-pads tout à fait suffisants pour jouer à Bomberman, par exemple. Ceux-ci se révèlent assez petits et, si cela n’a pas posé de problème à votre serviteur, les possesseurs de grosses paluches y trouveront peut-être à redire. Malgré tout on reste sur une sensation bien plus agréable que les Wiimote à l’horizontale, trop épaisses et trop lourdes, qui cisaillaient les doigts lors de parties trop prolongées…

Enfin, les Joy-Con pourront être utilisés dans une variété de positions différentes, pour des usages plus orientés « motion gaming » : on vous invite à poursuivre la lecture de l’article pour nos avis sur 1-2-Switch et ARMS.

En résumé, d’un point de vue matériel, la Switch s’annonce comme une vraie réussite de ce qu’on a pu en voir. La qualité est au rendez-vous, et pour la première fois depuis pas mal de générations, Nintendo ne donne plus dans le matos « cheap » qui ferait rougir les technophiles. Mais il faut encore composer avec pas mal de zones d’ombre. La batterie de la console, bien sûr : avec une autonomie annoncée de 3h maximum sur Zelda, on peut craindre le pire et il y a fort à parier qu’on n’aura guère plus d’informations avant la sortie de la console en mars. On n’a également aucune visibilité sur la facilité réelle des changements de configuration de la machine (docking, clipsage des Joy-Con, des dragonnes, du grip…). Enfin, et c’est toujours là un problème majeur chez Nintendo, on espère que le système d’exploitation embarqué sera moins catastrophique et plus moderne que celui de la Wii U.

1-2-Switch : viva la flemmingite

La Wii avait Wii Sports (inclus), la Wii U avait Nintendoland (inclus uniquement dans le pack le plus cher)… la Switch aura 1-2-Switch. Disponible dès le lancement, le jeu sera toutefois vendu séparément. Particularité du titre : la plupart de ses mini-jeux peuvent être joués sans avoir à regarder l’écran, une particularité que Nintendo décrit comme plus conviviale pour les soirées multijoueur — et qui, accessoirement, a probablement fait gagner un temps fou lors du développement, mais ne soyons pas mauvaises langues.

Milk, le mini-jeu qui met moyennement à l’aise

Comme c’est de coutume, 1-2-Switch sert de démo technique aux possibilités de la machine et de ses Joy-Con. Six mini-jeux, pour deux joueurs, étaient testables (d’autres seront inclus dans le jeu final) :

  • Milk : les deux joueurs tiennent leur Joy-Con à la verticale et doivent presser les deux gâchettes avec le bon sens du rythme, tout en exerçant un mouvement de haut en bas comme pour traire le pis d’une vache. Les vibrations, plus ou moins fortes, témoignent de la réussite ou non de l’exercice. Aussi fascinant que malaisant.
  • Quick Draw : de la même manière que dans le jeu « Bang! » pour iOS et Android, déjà testé dans notre Maikota Show #2, les deux joueurs face-à-face se livrent un duel de western. Ils doivent attendre le signal sonore du jeu pour dégainer leur Joy-Con et tirer à l’aide de la gâchette. Le plus rapide l’emporte.
  • Samurai Training : très similaire à Quick Draw, ce jeu met un joueur dans la position du samouraï et l’autre dans le rôle de la potentielle victime. L’attaquant, sabre levé, peut trancher d’un coup sec à tout moment. L’autre doit se défendre en tapant dans ses mains avec le bon timing pour arrêter le sabre. Les feintes et les pires coups bas sont bien sûr autorisés.
  • Copy Dance : sur un timing dicté par la console, un joueur doit effectuer des poses de son choix. L’autre doit l’imiter. Complètement anecdotique.
  • Ball Count : véritable démo technique du moteur de vibrations « HD » inclus dans les Joy-Con, ce jeu vous propose de sentir le nombre de billes (de 1 à 9) rangées dans votre manette rien qu’en la faisant bouger. On sent véritablement les billes virtuelles se cogner contre les parois de la manette, c’est donc assez bluffant, même si on doute des usages possibles de cette technologie à terme.
  • Safe Crack : une autre démonstration du moteur de vibrations, où il faut forcer un coffre-fort. En faisant pivoter la manette comme un levier, trouvez les endroits où le « déclic » est un peu plus important, et attardez-vous y. Trouvez les trois points d’ouverture du coffre avant l’adversaire, et vous gagnez. Plutôt efficace, mais lassant au bout de deux parties.

Autre démo technique, ARMS évoque les sombres heures de Wii Sports Boxe : chaque joueur est armé de deux Joy-Con tenus à la verticale et utilisés comme des poings. Les avis divergent très nettement sur ce titre. Dans la team, Hédi l’a trouvé plus profond et intéressant qu’il n’y paraît, par opposition à Wii Sports qui se contentait de donner dans le bourrinage. On peut en effet choisir parmi différents types de personnage, un type d’arme différente pour chaque bras, esquiver, contrer, dasher, porter des coups droits ou courbés… Pour ma part, je suis moins convaincu et reste sceptique devant le caractère simpliste du jeu, la lassitude inhérente à ce type de titre motion gaming, et l’équilibrage des persos totalement absent.

ARMS

WiiU’s Mansion : le spectre de la console disparue

Pour la première fois dans l’histoire de Nintendo, une nouvelle machine s’accompagne essentiellement de rééditions de jeux de la plateforme précédente. On ne parle pas ici de « suites faciles », comme Nintendo a coutume de le faire sur certaines sagas, mais véritablement de jeux réédités à l’identique, moyennant quelques ajouts mineurs. Cette politique de développement a minima a de quoi surprendre, et elle trahit de toute évidence le désarroi de Nintendo, contraint de sortir une nouvelle machine dans la précipitation pour remplacer sa Wii U moribonde.

On pense ainsi à Mario Kart 8 Deluxe, qui reprend à l’identique la version Wii U du jeu, DLC inclus. Seule une poignée d’ajouts vient le distinguer de son prédécesseur : les Inklings, quelques nouveaux circuits et un mode battle à l’ancienne font leur apparition. On peut en revanche se demander comment un jeu ayant demandé si peu d’efforts de développement ne peut pas être prêt dès le lancement de la console : il faudra attendre le 28 avril 2017 pour se le procurer.

Même problème pour Splatoon 2. Ici, on est même bien embêtés par ce « 2 » totalement malhonnête, car c’est bel et bien au jeu Wii U qu’on a été invités à jouer. Les seules différences à l’heure actuelle consistent en de nouvelles coupes de cheveux pour les Inklings et un nouveau type d’arme (le jet-pack). On nous promet bien évidemment plus de nouveau contenu pour la version finale, dont de nouveaux niveaux, et peut-être des modes de jeu. Mais à l’heure actuelle, rien de tout cela n’est prêt. Évidemment, cela ne remet pas en question la qualité de cet excellent jeu, mais ceux qui s’attendent à une véritable suite risquent de se sentir floués.

Tout cela pose aussi le problème de la rétrocompatibilité : traditionnellement présente sur les consoles modernes de Nintendo, celle-ci disparaît totalement de la Switch. Table rase. Cela signifie malheureusement que si vous possédez déjà Mario Kart 8, ou Splatoon, vous devrez repasser à la caisse. Une mauvaise habitude héritée de Sony et ses multiples rééditions HD pour PS4, vendues plein pot.

Véritable arlésienne, enfin, The Legend of Zelda: Breath of the Wild est à la hauteur de toutes les expectations, et même au-delà. Après trop d’années à ressasser une formule explo-donjon éculée, Zelda fait enfin son entrée dans le 21è siècle. Combats intéressants et dynamiques, énigmes reposant sur le moteur physique du jeu, système d’inventaire gérant la nourriture ou le crafting d’armes… bref, enfin, des mécaniques de jeu modernes qui assument sans honte leur héritage RPG. La mise en scène n’est pas en reste : les décors ont une âme, la sensation de liberté est grisante, les musiques transpirent de qualité. On s’arrêtera là avant de donner l’impression d’en faire trop : que vous envisagiez de l’acheter sur sa plateforme initiale, la Wii U, ou sur Switch, le nouveau Zelda est d’ores et déjà un classique du jeu vidéo.

Snipperclips : il ne paye pas de mine

Étaient enfin disponibles en vrac, dans une plus petite partie du showcase, quelques jeux moins attendus.

Commençons par la meilleure surprise du salon : Snipperclips. Sorti de nulle part, dévoilé par Nintendo dans un recoin de son site officiel, ce titre sympathique permet à deux joueurs de résoudre des puzzles collaboratifs. Vous incarnez deux bouts de papier, malléables à souhait puisque chacun pourra « découper » l’autre pour en changer la forme. À vous de trouver la meilleure solution pour reconstituer une forme spécifique, actionner un levier inaccessible, ou encore emmener un objet à l’autre bout du niveau. Un mini-jeu très convivial, à surveiller de près, et dont on espère qu’il ne sera pas vendu trop cher.

Snipperclips : les deux font la paire

Du côté des éditeurs tiers, on passera rapidement sur les divers portages qui n’ont que peu d’intérêt et on évoquera juste deux titres qui nous tiennent à cœur :

  • Sonic Mania : jouable en France pour la première fois à notre connaissance, la démo proposait de s’essayer à ce très attendu nouveau Sonic « dans le style Mega Drive ». Sans surprise, le titre offre des sensations similaires à celles d’un bon vieux Sonic 3 & Knuckles, avec (ça ne gâche rien) une 2D plutôt magnifique. On l’attend de pied ferme.
  • Super Bomberman R : si on ne peut que se réjouir du retour de la licence Bomberman sur nos consoles, ainsi que me l’a fait comprendre l’ami Chahid, force est de constater que la qualité n’est pas au rendez-vous. Trois fois hélas, la pauvre 3D du jeu est à peine digne de Bomberman Live sur Xbox 360, et le titre souffre des mêmes défauts que ce dernier (jouabilité et lisibilité approximatives, en tête de liste). On attend de pouvoir jouer à une version finalisée, à huit joueurs simultanément, pour se forger un avis définitif.

On la lance comme ça, la console ? T’es sûr ?

On se retrouve donc à devoir dresser un bilan paradoxal. La console, tout à fait prometteuse et digne d’intérêt d’un point de vue matériel, se voit accompagnée de rééditions et de jeux anecdotiques pour ses premiers mois d’existence. Les premières vraies grosses sorties entièrement pensées pour Switch semblent devoir être Super Mario Odyssey et Xenoblade Chronicles 2, qui ne sont pas attendus avant la fin d’année 2017 au mieux.

Nintendo semble ne pas savoir exactement où il va avec cette console. L’arrière-train entre deux tabourets, il va miser aussi bien sur une frange très joueuse (Zelda, Splatoon) que sur le public familial conquis par la Wii (1-2-Switch, ARMS). Sans vraiment réussir à trancher.

On sait à quel point les premiers mois d’une console peuvent être décisifs pour la suite de sa carrière, et on espère donc que ce lancement particulièrement pauvre ne viendra pas trop nuire à la Switch, dont le potentiel est incontestable. Nintendo peut compter sur ses valeurs sûres (Zelda, Mario Kart, Splatoon) lors de cette phase de transition, mais cela suffira-t-il à convaincre le public ? On ne peut que l’espérer, car dans la plus pure tradition Nintendo, si la Switch divise, elle apporte au moins une certaine fraîcheur sur le marché ô combien sclérosé des consoles de salon.

On s’en reparle d’ici quelques jours dans notre podcast Otak Coffee qui sera largement, vous vous en doutez, consacré au sujet.

Yoann Ferret

Directeur de la publication, fondateur de Café Gaming, et plein d'autres titres pompeux qui ne veulent rien dire. J'aime la bière, le chiptune bien fat, SEGA, Tetsuya Mizuguchi et Rock Band. Quand je n'écris pas sur Café Gaming, j'écris... sur Freenews — il paraît même que c'est mon job.

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