Skip to main content

Chronique musicale : Splatterhouse (2010)

Si le revival 3D sorti en 2010 de la célèbre saga horrifique Splatterhouse n’est pas tout à fait ce qu’on pourrait appeler une réussite vidéoludique, il aura toutefois marqué les esprits des mélomanes du pixel, grâce au retour du grand, de l’immense, du maître Howard Drossin !

Le retour du Roi

…bon d’accord, dites-le tout de suite, vous n’avez aucune idée de qui je parle. Résumons donc : Howard Drossin est un des compositeurs américains les plus reconnus de l’ère Megadrive. À la tête du département sonore de SEGA of America, on lui doit les bandes originales de Comix Zone, Sonic Spinball ou encore Sonic & Knuckles (pour ne citer que les plus célèbres). Son empreinte est également perceptible dans la BO de Sonic the Hedgehog 3, bien que cette dernière ait été co-signée par l’ensemble du département sonore de l’époque.

Si certains compositeurs comme Yuzo Koshiro profitaient des sonorités singulières du chip YM2612 de la Megadrive pour créer des compositions lorgnant vers la musique électronique club des 90’s, Howard Drossin s’est rapidement trouvé un son caractéristique énergique à base de riffs. Sa patte est particulièrement proéminante dans Comix Zone, qui outre ses influences rock (le héros Sketch Turner entonne ainsi le logo SEGA avec la voix d’Elvis Presley lors de l’introduction) sonne parfois franchement metal :

 

Peu avant le début des années 2000, alors que son style tend à se perdre dans des tentatives symphoniques moins marquantes en arcade et sur les consoles de « nouvelle génération » (malgré quelques beaux restes, par exemple dans Vigilante 8), Howard Drossin délaisse progressivement SEGA et les jeux vidéo d’une manière générale pour s’adonner à la composition de films. En peu de temps, il se forge une solide réputation sur le marché américain, tout en enfilant une casquette de compositeur secondaire, voire de producteur sonore. À date, ses collaborations les plus célèbres resteront Danny the Dog (où il assure notamment les morceaux secondaires, dans l’ombre de Massive Attack), ou Blade: Trinity (où il fera la rencontre de The RZA). C’est d’ailleurs avec ce dernier qu’il réalisera de nombreuses bandes originales de films d’arts martiaux (notamment ceux de Tony Jaa), dans un style sonore bien particulier.

Bref, depuis 2001, Howard Drossin n’a plus vraiment donné signe de vie sur le terrain JV. Ce n’est qu’en 2008 qu’on constata un timide retour sur l’adaptation vidéoludique d’Afro Samurai, où il adapte les morceaux de l’animé (là encore, en collaboration avec The RZA, qui signa la production des morceaux d’origine). Il enchaîne avec une participation sur la BO de Sonic & The Black Knight, une bouse sur Wii mais dont l’OST fait figure de véritable compilation « All-Stars » (Tommy Tallarico, Richard Jacques, etc. sous la houlette de Jun Senoue).

Des riffs et des tripes

En 2010, Howard Drossin signe son retour en fanfare avec la bande originale de Splatterhouse, le malheureux remake 3D de la relique horrifique de Namco.

Le parti pris sonore pour le jeu est affiché dès le départ : Splatterhouse est orienté metal qui tape à 300%. Le résultat est particulièrement décevant, l’action (médiocre et lente) ne collant pas au rythme musical imposé. De plus, Namco a choisi d’insérer dans le jeu quelques morceaux de metal existants, issus de groupes tels Cavalera Conspiracy, Mastodon, Lamb of God, etc. Le bilan est catastrophique ingame, à cause de morceaux bien peu adaptés à une utilisation en tant que bande originale de jeu. C’est d’autant plus dommage que prises à part, les compositions originales de Howard Drossin sont proprement excellentes.

 

Ici, on a affaire à du metal décomplexé, tantôt lent et lourd (Satan’s Masque), tantôt speed et nerveux (The Beast, Meteor Shower). Un amateur du genre ne sera pas dépaysé, et c’est à souligner puisqu’on retrouve relativement peu souvent des compositions de cette force dans un jeu vidéo (citons tout de même les Guilty Gear XX ou Super Meat Boy).

Drossin ne s’embarrasse pas de mélodies qui pourraient totalement ruiner l’effet recherché : ici, on a affaire à du metal de premier ordre, extrêmement soigné. Les riffs sont parfaitement maîtrisés, la basse bien dosée, et le batteur n’oublie pas d’apporter sa contribution à grands coups de double pédale et autres martèlements entêtants (Meat Factory, Experiment 765…). Les allergiques s’abstiendront, les autres apprécieront la propreté de la prod’ qui se paye même le luxe de faire intervenir quelques chœurs ça et là – sans jamais en abuser.

Si vous êtes à la recherche de riffs jouissifs et primaires, branchez votre casque à fond les ballons sur les excellents The Doll That Bled, Satan’s Masque, ou Meteor Shower, qui rempliront parfaitement leur rôle. On a vraiment l’impression d’assister à une version 2010, remasterisée, modernisée, des ébauches 16-bit présentes dans Comix Zone…

Mais certains morceaux se distinguent tout particulièrement de par leur ambiance : citons donc Necro Lab, à l’atmosphère bien crade avec des sons gutturaux, une basse très prenante, un mix de chœurs, et des effets de guitar slide travaillés donnant à l’ensemble une dimension horrifique très réussie ; Hell House fait également partie des immanquables de l’album, avec un usage intensif de synthés, cris humains et FX qui vous propulsent directement dans l’univers glauque que tente (si mal) de décrire le jeu…

Le metal est la musique du Diable, ne l’oubliez jamais 😉

One more thing…

Le second volume de l’OST contient des thèmes d’ambiance orchestraux, relativement oubliables, ainsi que des compositions « rétro » plus sympathiques, riches en clins d’œil, dont les sonorités renvoient sans conteste à la Megadrive. On recommandera tout particulièrement la piste bonus, Ode to John Carpenter, qui parlera fort aux fans des thèmes électro minimalistes du réalisateur d’Halloween…

 

Si vous n’êtes toujours pas rassasiés, en plus de ces deux volumes, Howard Drossin a choisi de marquer son grand retour avec la diffusion d’un CD de remixes officiels des thèmes de Splatterhouse. Dispensable (mais gratuit), celui-ci inclut des versions alternatives des morceaux metal évoqués plus haut, par des artistes tels que Mattias Häggström Gerdt (aka Another Soundscape), ThePlasmas, ou encore Inverse Phase.

Tout cela est en écoute gratuite ou disponible au téléchargement sur la page Bandcamp de l’auteur : Volume 1: Metal ($6), Volume 2: Cut Scenes, Ambient and Retro ($6) et Remixes: Butchered (gratuit). Je vous laisse donc y jeter un coup d’oreille, en attendant une prochaine contribution du roi Drossin… sur un vrai bon jeu, on l’espère !

Yoann Ferret

Directeur de la publication, fondateur de Café Gaming, et plein d'autres titres pompeux qui ne veulent rien dire. J'aime la bière, le chiptune bien fat, SEGA, Tetsuya Mizuguchi et Rock Band. Quand je n'écris pas sur Café Gaming, j'écris... sur Freenews — il paraît même que c'est mon job.

Une réponse à “Chronique musicale : Splatterhouse (2010)

Laisser un commentaire