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Turok

Si le nom Turok n’évoque peut-être pas grand-chose chez certains d’entre vous, il s’agissait pourtant, sur Nintendo 64, aux côtés du célèbre Goldeneye 007, d’un des tous premiers jeux à avoir démontré le potentiel du genre FPS sur console. La saga a connu trois opus sur ce support, introduisant des éléments novateurs dans le monde du jeu de tir à la première personne : grands espaces, level design sophistiqué, armes originales (le fameux tomahawk), ennemis dinos puissants et rapides…

Malheureusement, lors de la génération suivante, Acclaim Entertainment, en grande difficulté financière, ne put pas apporter une suite digne de ce nom à ces trois titres. Peu avant la banqueroute complète, l’éditeur sortit Turok Evolution sur PS2, Xbox et Gamecube. Extrêmement mauvais, peu jouable, laid… le jeu fut une grosse déception, et on était bien tentés de croire que ç’en était fini de la licence Turok.

C’était sans compter sur le soutien inconditionnel des fans, réclamant un retour de la série. Ces revendications furent probablement entendues par l’éditeur Touchstone qui décida de racheter la licence, et de confier le développement d’un nouvel opus à Propaganda Games, tout jeune studio dont Turok est le premier jeu.

Quatre ans après la mort d’Acclaim, Turok est donc de retour, mais comment notre brave indien a-t-il encaissé un tel voyage ?

G.I. Turok, au rapport

Autant être franc tout de suite : plutôt mal. Le jeu ne s’inscrit dans aucune continuité vis-à-vis des précédents volets ; ainsi, on s’aperçoit que le Turok que l’on incarne (Joseph Turok, théoriquement le même que l’on pouvait déjà incarner dans Turok 3) est en fait un militaire au sein d’une escouade américaine, n’ayant d’indien que le teint… vaguement. Votre vaisseau s’est écrasé sur une planète peuplée de dinosaures, monstres et autres humains hostiles, et… c’est tout.

Le scénario introduit un vague background sous forme de flashbacks afin de narrer le passé de Turok… cette tentative s’avère plus malheureuse qu’autre chose tant les scènes en question semblent tirées d’un nanar de série B (il faut dire que le doublage français n’aide pas).

Vous l’aurez compris, Touchstone a pris la décision de faire repartir la saga de zéro, avec une ambiance tout à fait nouvelle que je ne peux que déplorer à titre personnel (Turok se rapproche ainsi de 99% des productions FPS actuelles).

Le Halo du (très) pauvre

Derrière ce sous-titre un peu provocateur se cache malheureusement une dure réalité. Tout, dans ce Turok, transpire le FPS qui se veut conventionnel. Le gameplay n’a plus rien du FPS un peu rude à prendre en main mais ô combien nerveux et valorisant, et on se retrouve avec une jouabilité plutôt molle, à la visée lente (et imprécise, mais c’est un autre problème).

La campagne solo abandonne les très grands espaces dans lesquels il est facile de s’égarer, au profit de niveaux au level design « couloiresque » à souhait. Même en plein milieu de la jungle, vous serez en fait au milieu d’étroits couloirs artificiels ne laissant aucune place à l’initiative. Il ne manque plus que le parcours balisé avec les flèches peintes sur les arbres…

Chuck Turok, seul contre tous

On trouve même des failles de jouabilité impardonnables. Une des armes clés est votre couteau. Grâce à celui-ci vous pouvez, en un seul coup bien placé, tuer la plupart de vos ennemis tout en enclenchant une cut-scene d’environ 2 secondes jouant l’action sous un angle plus « cinématographique ». Parfait, me direz-vous. Eh bien, pas du tout ! Cette action se révèle bien trop facile à enclencher (y compris dans les niveaux de difficulté plus élevés), et mine beaucoup le principe même du jeu.

Vous devez faire face à une dizaine de raptors furieux ? Qu’à cela ne tienne ! Au couteau vous les exterminerez tous, un par un, sans rien avoir à craindre de leur part car si un d’entre eux parvient à vous sauter dessus, vous n’aurez qu’à marteler la combinaison de boutons indiquée à l’écran pour vous en débarrasser aussi simplement qu’une vulgaire mouche. C’est réellement un point très négatif du jeu, car la plupart des dinos n’ont plus rien des ennemis redoutables d’antan. On avance sans crainte, on égorge tout ce qui passe, et voilà.

Il faudra tout de même bien progresser dans la campagne solo pour voir cet écueil s’estomper avec des ennemis plus puissants. Les premiers niveaux sont donc aussi faciles qu’inintéressants, On bute du raptor avec une simplicité déconcertante, on avance un peu, on bute de nouveaux raptors, on avance, etc. (le tout entrecoupé de dialogues aussi profonds que ceux de Gears of War).

Les quelques adversaires humains, disposant d’armes à feu, ne sont pas tout à fait aussi faciles à atteindre (même si une fois fait, ils sont aussi faciles à achever que les raptors). Cependant, leur IA minablissime ne leur permet pas de se défendre correctement : au lieu de se planquer derrière le rocher juste à côté d’eux, ceux-ci préféreront rester droits comme des piquets au milieu du chemin, devenant ainsi des proies faciles. En fait, la réelle difficulté consiste à dompter la visée complètement imprécise offerte par le jeu…

On joue à cache-cache ?

Mais alors, après un pareil solo, on peut quand même attendre quelque chose du multi ? Pour poursuivre dans le mode nostalgique, on se souvient que les modes multijoueur en local des opus Nintendo 64 regorgeaient de modes originaux et funs (le mythique shoot the monkey… !). Et que retrouvons-nous dans ce nouvel épisode ? Je vous le donne en mille : du Deathmatch et Capture the flag. A l’instar du jeu solo, le mode multi semble vouloir se fondre dans la masse informe et indigeste des FPS.

Même en y ayant bien joué, je suis incapable de vous dire ce qui pourrait vous faire préférer ce mode multi à ceux de la pléthode de jeux similaires du moment. Rien à faire, rien ne sort du lot. Par contre, il est évident que si l’on cherche des points négatifs, on en trouve à foison.

Les maps multi sont loin du chef-d’oeuvre de conception. Généralement peu stratégiques, elles privilégient le bourrinage en face à face et leur design global n’invite pas à la subtilité : places vides, bâtiments mal (pas ?) pensés, etc. Le côté bourrinage est renforcé par la sélection d’armes complètement déséquilibrée du jeu : ainsi, le lance-roquettes est quasiment imparable. Même si vous repérez le tir très tôt, vous aurez énormément de mal à esquiver, et vous mourrez irrémédiablement.

Les snipers (tendance campeur) auront d’ailleurs la belle vie avec tant de vide, assurant un excellent champ de vision, mais surtout avec l’absence totale de radar. Certes, ce n’est pas le seul jeu à opter pour un tel fonctionnement, mais on voit plutôt ça lorsque la discrétion, la tactique, sont privilégiés. Ici, ça ne fait que rendre les parties longues et ennuyeuses (les maps sont indéniablement trop grandes pour le nombre de joueurs qu’elles doivent accueillir ; vous passerez votre temps à courir au hasard, à la recherche de joueurs). Au moins, on aurait aimé que les fusils de sniper ne soient pas placés directement aux emplacements où ils sont le plus dévastateurs (le plus souvent le seul endroit un peu plus en hauteur du niveau, bien en retrait).

Que du bon… ou presque

Soyons honnêtes tout de même, Turok n’a pas que des mauvais côtés. Enfin, si on cherche des points positifs, on en trouve quand même quelques-uns.

Par exemple, sur le plan graphique. Si tout n’est pas rose dans ce domaine (il souffre en particulier de problèmes d’affichage sur les ombres qui « scintillent »), le mauvais (décors aux arêtes parfois fort prononcées, textures pas toujours à la hauteur) côtoie le bon (ennemis) et même le très bon (modélisation des personnages principaux).

De plus, si on prend le jeu avec un bon second ou troisième degré (ce qui n’était peut-être pas l’intention des développeurs, mais qu’importe), la vision de Turok faisant sans difficulté du rodéo sur un vélociraptor pourra prêter à sourire et inciter à continuer le jeu. C’est une façon de voir, après tout…

Tusuxx

Pour en finir avec ce jeu, je dirais qu’il plaira indéniablement à quelques-uns. Si vous aimez les FPS « standard » sans grandes qualités, et que vous avez besoin de votre dose du mois, Turok fera l’affaire. Mais si ce n’est pas votre cas… fuyez-le.

Avec le recul, ce qui fait le plus mal, c’est que le jeu exploite le nom d’une ancienne licence tout en en massacrant quasiment tous les préceptes. Il est évident que sous la dénomination Turok, ce jeu sera plus vendeur, mais ce genre de méthodes marketing ne peut donner qu’une mauvaise impression (de plus) sur un jeu déjà pas franchement glorieux.

En guise de conclusion, je ne saurais que trop vous inviter à vous pencher sur les bons FPS de la console, qui sont légion. Il y a forcément au moins un hit (peut-être même à bas prix) que vous avez loupé. Et si jamais la tentation d’acheter Turok se fait à nouveau sentir, posez-vous la question suivante : « qu’est-ce que ce jeu m’apportera de plus que ce FPS x ou y ? ». La réponse : assurément, rien. Si ce n’est de la frustration…

article cross-posté sur GX-Live

Yoann Ferret

Directeur de la publication, fondateur de Café Gaming, et plein d'autres titres pompeux qui ne veulent rien dire. J'aime la bière, le chiptune bien fat, SEGA, Tetsuya Mizuguchi et Rock Band. Quand je n'écris pas sur Café Gaming, j'écris... sur Freenews — il paraît même que c'est mon job.

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